A propos de l’engagement pacifique des religions …

La religion est source de violence, de haine, de conflits et de guerres. Sans religion, moins de guerre. De tels propos sont à l’ordre du jour. On ne peut pas nier que le phénomène religieux contient un potentiel de conflit considérable. Ceci est connu depuis le récit de Caïn et d’Abel et donc rien de neuf. Or, une analyse honnête de l’histoire des dernières décennies montre que les religions ont été, dans beaucoup de conflits, un facteur de paix essentiel. Relevons quelques exemples :

En 1978, le pape Jean-Paul II. parvient, soi-disant à la dernière minute, à éviter une guerre cruelle entre le Chili et l’Argentine. Aux Philippines se termine en 1986, grâce à l’engagement de l’Eglise catholique, le régime totalitaire du dictateur Ferdinand Marcos. En 1989, l’archevêque Isidore de Souza joue un rôle de déescalation primordial au Bénin qui se prépare à entamer la voie vers la démocratie. La même année a lieu en République Démocratique d’Allemagne une révolution aboutissant à la réunification de l’Allemagne, tout cela d’une manière paisible, en grande partie grâce à l’engagement de l’Eglise protestante sur place.

Du temps de Ghandi, en Inde, alors sous occupation britannique, le musulman Khan Abdoul Ghaffar Khan établit un mouvement de résistance prônant la non-violence et la tolérance et préparant ainsi le terrain pour une opposition qui lutte d’une façon pacifique pour la liberté ethnique et une Inde multi-religieuse. Dans le cadre du conflit ethnique entre les Houtous et les Toutsis au Rwanda en 1994, les musulmans sont les seuls à s’opposer décidément à ce massacre : ils mettent la population en garde contre les sermons de violence et de haine – en les qualifiant de non-islamiques et anti-coraniques –, ils font des campagnes de sensibilisation dans les écoles, ils en soutiennent les réfugiés et empêchent diverses attaques de la part des Houtous. En 2004, en Iraq, l’Ayatollah musulman Ali Al-Sistani prononce des Fatwas récusant l’application de violence, ce qui a mis fin aux luttes entre les troupes américaines et l’armée islamique « Mahdi » à Nadjaf et évité la destruction de l’impressionnante mosquée de l’« Imam Ali ».

En 1979, après la chute du régime de terreur de Pol Pot et du Khmer Rouge au Cambodge, le moine bouddhiste Maha Ghosanand, initie un mouvement de paix qui devient un facteur politique solide. En septembre 2007, des moines bouddhistes de Birmanie – des acteurs importants en matière de politique de la paix depuis 20 ans – organisent des démonstrations pacifiques contre la dictature militaire et la violence. Sans oublier l’engagement du Dalai Lama actuel.

Il ne faut pas non plus oublier la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix (WCRP) qui aide, par l’organisation de conciles interreligieux, à surmonter des conflits ethniques, que ce soit en Bosnie-Herzégovine, au Kosovo, en Libérie, à Sierra Leone ou ailleurs.

Vu la longueur de cette liste de « cas particuliers » (certainement non exhaustive), est-il encore justifié de parler de « cas particuliers » ? Certes, des institutions séculaires auraient pu effectuer le même travail, mais elles ne l’ont pas fait, respectivement elles n’ont pas connu le succès qu’on leur aurait souhaité.

Thierry Origer
LW, 24 mai 2008